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Plus de 5% de la récolte de vanille volés

“Un jour ce sera comme à Madagascar, soit c’est le voleur qui se fera tuer, soit ce sera le planteur”, prévient Louis Leichnig, producteur bien connu du sud de l’île.

RÉGION EST. Si les caméras, rondes et patrouilles ont permis de réduire le préjudice par rapport à 2016, la filière estime qu’environ une tonne de vanille verte, soit plus de 5% de la récolte totale, a été volée dans les exploitations. Certains planteurs ont tout perdu.

“Un jour ce sera comme à Madagascar, soit c’est le voleur qui se fera tuer, soit ce sera le planteur”, prévient Louis Leichnig, producteur bien connu du sud de l’île. Il estime qu’entre 5 et 10% de sa récolte a été volée dans ses différentes exploitations éparpillées entre Sainte-Rose et le Sud sauvage. Débutée en mai, la récolte touche à sa fin chez la plupart des professionnels. Certains planteurs ont tout perdu : “J’ai un voisin qui a perdu près de 200 kilos cette année soit la quasi-totalité de sa récolte et il s’agit de son activité principale”, déplore Willy Boyer, le président de la coopérative de Bras-Panon (Provanille) qui regroupe 130 adhérents. Une perte de plus de 8 000 euros pour le producteur.

Un an de travail qui part en fumée “quand les voleurs n’arrachent pas les lianes, il faut alors tout recommencer, soit quatre ans de travail”, alerte t-il. Dans sa plantation de Saint-Philippe, il déplore le vol de quelques kilos contre beaucoup plus l’année dernière. Entre-temps il a installé trois caméras infrarouge ainsi qu’une quinzaine de pancartes informant les voleurs qu’ils seront filmés. Comme beaucoup, l’homme fait également des rondes régulières sur son exploitation de 1,5 ha en sous-bois pour dissuader les malfrats. Les gendarmes ont également accentué les patrouilles.

Pour lutter contre le phénomène, la coopérative a financé l’achat d’une vingtaine de caméras en plus de celles achetées directement par ses adhérents.

Autre grand pourvoyeur de gousses, la Vanilleraie de Sainte-Suzanne a fait de même en achetant 15 caméras pour autant d’adhérents. Si elles ont permis de réduire le préjudice par rapport à 2016, elles n’ont pas permis d’enrayer le phénomène. Contre environ 1,5 tonne en 2016, le préjudice approche une tonne cette année, soit plus de 5% de la récolte totale, estimée entre 16 et 17 tonnes. À la seule coopérative, le vol passe d’une tonne à environ 600 kilos. À l’origine : une suite de mauvaises floraisons au niveau mondial – une conséquence du réchauffement climatique selon des experts – qui ont entraîné une pénurie de vanille et une flambée des prix.

Le prix moyen des gousses de Madagascar, qui produit 80% de la vanille mondiale, est passé de 50 dollars en 2012 (42,6 euros) à presque 500 dollars le kilo l’an dernier. La vanille verte s’achète désormais au-dessus de 40 euros. Tout un marché parallèle s’est retourné vers la production locale, alimenté par des acheteurs-revendeurs de vanille malgache rachetant les gousses à des prix “exorbitants”.

Une nouvelle fois, c’est vers les marchés que se tournent les regards de la filière qui demande aux autorités d’amplifier les contrôles. Ce qui serait encore loin d’être le cas. “Je vends sur les marchés et je n’ai jamais été contrôlé”, résume Louis Leichnig.

Les professionnels demandent également plus de sévérité. Filmé par une caméra en train de voler des gousses chez un petit producteur de Sainte-Rose, un voleur a pu être identifié depuis sans avoir été interpellé se lamente le directeur de la Vanilleraie, Bertrand Côme. Après une plainte déposée en juin, il a écrit au procureur début septembre. Il attend toujours sa réponse. «Le producteur, lui, a perdu la moitié de sa récolte qui lui permettait de doubler sa retraite agricole de 300 euros», regrette-t-il. La vanille veut pouvoir travailler en paix.

Blog Sainte-Rose

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